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MA PRIME JEUNESSE

Je suis le fruit (bien mûr) de YANA ma Mére et de FUNARO mon Pére. Je suis arrivé un 20 novembre de l'année 1933 à la Clinique Kraft à TUNIS. Mes souvenirs de ma plus tendre enfance ? Dans le couloir de l'Avenue Jean Jaurès, Là où je suis né, assis sur le pot, une serviette de toilette sur la tête car j'avais une peur bleue des mouches. Quel âge avais-je ? l'âge d'être sur un pot ! .
Mon caractère ? je crois que je me suis partagé les gènes de mes deux familles, j'espère pour moi, bien qu'il soit un peu tard, d'avoir eu le meilleur de chacun, mais après tout cela n'est pas à moi d'en juger.
Mes études ? à la Rue de Colmar, complètement nul en mathématique mais à peu prés bon en français, j'ai toujours eu de très bonnes notes en rédaction, je me souviens même en avoir fait une en vers. J'ai d'ailleurs eu trois langues maternelles car mon père ne parlait que l'italien à la maison et le français avec un fort accent, ma mère parlait le français et ma nounou qui s'appelait "El Kahlé" qui voulait dire "la noire"ne me parlait qu'en Arabe, plus exactement le dialecte Tunisien Ces trois langues je les ai gardées jusqu'à aujourd'hui.
Un jour, revenant de promenade avec l'école, j'avais ramené une fièvre typhoïde que je me suis empressé de passer à ma sœur, malheureusement pour nous, la pénicilline n'existait pas encore et nous avons passé trois longs mois entre la vie et la mort. Nous avions à notre chevet trois médecins à part mon oncle Robert le frère de ma mère,, et tante Louisette la compagne de mon oncle Loulou le frère de mon père, tous deux etaient infirmiers. Nous avons eu toutes les complications possibles, ma sœur etait devenue muette et moi aveugle suite à une forte méningite, je me souviens que je demandais d'allumer les lumières et ma mère me répondait qu'il y avait une coupure d'électricité ; je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais je me rappelle la bougie que l'on m'avait présenté au bord de mon lit, j'ai commencé à la voir triple puis, peu à peu, ma vue s'était rétablie. Un des médecins avait dit à ma mère" si vous priez Dieu le soir, priez qu'il vous sauve au moins un des deux» Les trois mois passés, on s'est retrouvé Lina, ma sœur et moi comme deux échappés de Dachau.
Avant que la Guerre n'éclate, mon père a été obligé d'aller à Bou Arada, un petit village dans le nord de la Tunisie, pour y faire un stage pour une éventuelle promotion à la Banque où il travaillait. Nous étions à l'hôtel, je ne me souviens pas de grand chose, à part que le Garçon qui nous servait le soir, s'appelait Torchoun, et qu‘il nous servait une soupe aux poireaux que j'adorais. Tous les matins il y avait un indigène qui venait avec un bourriquot et qui me faisait faire un tour sur le dos de l'âne. Mon père m'avait posé une question que je n'ai jamais oubliée "qui aimes-tu le plus, ton père ou le bourriquot?" je m'en veux énormément car j'ai eu le culot de réfléchir, avant de lui répondre, heureusement, « mon père»
Après Bou-Arada, mon père a pris la direction de la BNCIA, cette fois, à Monastir, dans le sud de la Tunisie et au bord de la mer; nous avons commencé à vivre chez l'habitant, plus exactement, chez le fils de l'ancien domestique de mon grand-père Victor Yana (je n'aime pas beaucoup le terme de domestique),disons plutôt, le majordome, il se prénommait "Chleimou", son fils, chez qui donc, on habitait, était le Rabbin de cette ville et je me souviens que huit jours avant les Pâques juives, on était obligé de manger dans les escaliers et que le vendredi soir on devait se coucher avant 20 heures car, il avait fait un système avec un gros réveil relié a l'interrupteur, pour que la lumière s'éteigne automatiquement. Je penses avoir classé cette période de ma vie parmi mes plus agréables souvenirs.

Tous les jours que Dieu fasse, un fiacre commandé par mon Père, venait nous chercher, Lina et moi, le cocher était un maltais, il se nommait Jos, il nous emmenait à la plage et il avait l'ordre de nous surveiller "sans les quitter une seconde des yeux" lui disait mon Père, mais le Jos, dès qu'il nous déposait, s'endormait sur sa banquette. Je me souviens de cet immense rocher qui avançait sur la mer, de ce sable qui était plutôt de la farine blanche. Quelques temps après nous avons enfin trouvé une maison qui, cette fois, était pratiquement les pieds dans l'eau, un rez-de-chaussée, avec une immense terrasse. J'allais tous les jours a la pêche."Armando tu voudrais aller à l'arrivée des pêcheurs voir s'il y a du bon poisson pour midi" lui dit un jour ma mère. Mon Père quand il sortait, il n'y avait que moi pour l'accompagner, on était toujours à "bracceto" bras dessus bras dessous, nous arrivons donc au port, les pêcheurs étaient en train de trier le poisson et mon Père avait reperé deux ou trois cageots avec des langoustes et des crevettes royales, il demande donc "combien la langouste" et le pécheur lui répond "commissar" tout Monastir le nommait comme ça, prends tout parce que personne ne mange ce poisson, ici on le rejette à la mer, Monastir, étant peuplé que de juifs et d'arabes, personne ne mangeait ce poisson. Je pense qu'on avait fini par être dégoûtés des crevettes et des langoustes.
funaro
02/05/04